La fièvre typhoïde est l'une des maladies infectieuses les plus fréquentes à Douala et dans toute l'Afrique subsaharienne. Causée par la bactérie Salmonella Typhi, elle se transmet par l'eau et les aliments contaminés. Son danger vient du fait qu'elle est souvent confondue avec le paludisme, ce qui retarde le diagnostic et expose à des complications graves, parfois mortelles. Contrairement au palu, la typhoïde ne se guérit pas avec des antipaludéens.
Typhoïde ou paludisme ? Savoir faire la différence
C'est la question que posent la plupart des patients qui arrivent au laboratoire avec de la fièvre. Les deux maladies partagent des symptômes similaires, mais des différences importantes permettent de les orienter :
Paludisme
- Fièvre avec frissons et sueurs intenses
- Fièvre cyclique (accès toutes les 48-72h)
- Début brutal
- Maux de tête violents
- Peu ou pas de douleurs abdominales
- Diarrhée rare
- Durée sans traitement : 3-7 jours
- Test TDR/GE positif
Typhoïde
- Fièvre progressive, qui monte sur plusieurs jours
- Fièvre continue, peu de frissons
- Début insidieux (progressif)
- Maux de tête modérés
- Douleurs abdominales importantes
- Diarrhée ou constipation
- Durée sans traitement : 3-4 semaines
- TDR palu négatif mais fièvre persistante
Signal d'alerte : si le TDR paludisme est négatif mais que la fièvre persiste depuis plus de 5 jours, penser systématiquement à la typhoïde. Traiter une typhoïde avec des antipaludéens est une erreur grave qui laisse la bactérie progresser.
Les symptômes de la typhoïde semaine par semaine
| Semaine | Symptômes principaux |
|---|---|
| Semaine 1 | Fièvre progressive (38-39°C), maux de tête, fatigue, légères douleurs abdominales, parfois constipation |
| Semaine 2 | Fièvre élevée (39-40°C), douleurs abdominales marquées, diarrhée en "jus de pois" possible, langue chargée, état général altéré |
| Semaine 3 | Risque de complications graves : perforation intestinale, hémorragie digestive, choc septique |
| Semaine 4+ | Défervescence progressive si traitement, mais risque de rechute |
Signes de complication — Urgence médicale
- Douleur abdominale brutale et intense (perforation intestinale possible)
- Sang dans les selles
- Confusion mentale, délire
- Chute brutale de la tension artérielle
- Fièvre qui ne cède pas après plusieurs jours d'antibiotiques
Les tests de diagnostic de la typhoïde
Le test de Widal : utile mais imparfait
Le test de Widal est la sérologie la plus utilisée en Afrique pour diagnostiquer la typhoïde. Il mesure les anticorps dirigés contre Salmonella Typhi dans le sang. Ses limites :
- Il ne devient positif qu'après 7 à 10 jours de maladie (pendant la 1re semaine, il peut être négatif même si on est malade)
- Il peut être faussement positif chez des personnes vaccinées ou vivant en zone endémique (immunité antérieure)
- Un titre isolé n'est pas suffisant — c'est l'évolution du titre sur 2 prélèvements à 5-7 jours d'intervalle qui est significative
Seuil indicatif : un titre anti-O supérieur à 1/160 (ou en augmentation) est évocateur de typhoïde active dans un contexte clinique compatible.
L'hémoculture : le gold standard
L'hémoculture est l'examen de référence : on prélève du sang et on le met en culture pour voir si la bactérie Salmonella Typhi pousse. Elle permet aussi de faire un antibiogramme pour choisir le bon antibiotique. Ses inconvénients :
- Résultat en 48-72 heures (délai plus long)
- Sensibilité maximale en 1re semaine de maladie (avant les antibiotiques)
- Doit être réalisée avant tout traitement antibiotique
Autres examens utiles
- NFS : leucopénie (globules blancs bas) évocatrice de typhoïde, contrairement aux infections bactériennes habituelles
- CRP : très élevée
- Transaminases : souvent élevées (atteinte hépatique)
- Coproculture : recherche de la bactérie dans les selles (semaines 2-3)
Traitement de la typhoïde
La typhoïde se traite par antibiotiques. Les plus utilisés au Cameroun :
- Fluoroquinolones (ciprofloxacine, ofloxacine) : traitement de première intention si sensible
- Céphalosporines de 3e génération (ceftriaxone) : pour les formes graves ou résistantes, en injection
- Azithromycine : bonne alternative par voie orale
Durée du traitement : 7 à 14 jours selon la sévérité. La résistance aux antibiotiques classiques (ampicilline, cotrimoxazole, chloramphénicol) est croissante — d'où l'importance de l'antibiogramme.
Ne jamais s'automédiquer : traiter une typhoïde sans antibiogramme expose au risque de résistance et d'échec thérapeutique. Un patient qui "fait une typhoïde à répétition" a souvent été mal traité à chaque épisode.
Prévention de la typhoïde
- Eau potable : boire de l'eau bouillie ou en bouteille, ne jamais boire l'eau du robinet directement
- Hygiène alimentaire : laver les fruits et légumes, éviter les aliments crus vendus dans la rue
- Hygiène des mains : se laver les mains avant les repas et après les toilettes
- Vaccination : il existe un vaccin contre la typhoïde, recommandé en zone endémique
Test typhoïde au Laboratoire Le Clair de la Plume
Au Laboratoire Le Clair de la Plume à Ndokoti, nous réalisons le test de Widal, la NFS, la CRP et les transaminases avec des résultats disponibles le jour même. L'hémoculture est également disponible avec résultat sous 48-72 heures.
Si vous avez de la fièvre depuis plus de 5 jours et que le TDR paludisme est négatif, venez faire un bilan complet.

